Avis sur Cartel de Don Winslow

Et voila, après avoir été sous le choc (positif) du livre ‘La griffe du chien‘, j’ai enchaîné sur la suite, Cartel sorti en 2016.

Alors pas de suspens. Oui, la suite sera aussi bien notée voir encore mieux que le premier, c’est tout simplement un des meilleurs livres que j’ai eu la chance de lire. Un livre qui marque pendant et après sa lecture.

Mise en situation

Cette fois c’est un pavé de 715 pages que nous offre Don Winslow, on retrouve nos joyeux compagnons Art Keller et Adán Barrera dans la suite de leur duel à distance. Après la fin tragique du premier Art Keller se morfond dans le silence et la pénitence tandis que Adán vit sa vie de prisonnier aux USA. Mais Adán, toujours fin stratège, va relancer l’intrigue et nos 2 protagonistes principaux vont vite reprendre leur duel exterminateur.

Cette opposition entre deux hommes que tout oppose , va servir à la trame de fond et de fil conducteur à ce roman documentaire.

Comme lors du premier roman, Cartel se déroule principalement au Mexique, mais cette fois on va encore plus se retrouver au cœur du pays avec une immersion totale, encore plus puissante que le premier ouvrage. Une plongée au cœur de Ciudad Juárez.

Ciudad Juarez, ville clé du livre

Ciudad Juarez, ville clé du livre

Scénario

Au niveau du scénario il s’agit d’un document fiction qui prend aux tripes. Pas de romantisme, pas de jolies histoires… Cartel commence en 2004 pour finir en 2014, c’est donc complètement d’actualité et cela fait froid dans le dos pour nous Européens qui n’entendons que très peu parler de ces faits. Cette fois l’auteur nous plonge au cœur des affrontements entre les cartels internes au Mexique qui se livrent une guerre sans merci pour obtenir le monopole des trafics. Cette fragmentation des cartels va entraîner de véritables guerres civiles dans chaque ville clé (frontalière) du Mexique. Adán apparaît maintenant presque comme un gentil narco, gérant ses affaires en bon père de famille et dans le respect (relatif) de la vie humaine civile. Ce n’est pas le cas des autres cartels et plus particulièrement des Zetas, véritable armée de la mort aux méthodes inhumaines et vraiment effroyables.

On est dans le factuel et malheureusement les faits dont horribles et sanglants. Pour ceux qui trouvait le premier tome violent cette suite va finir de vous écœurer. Âmes sensibles s’abstenir. Tout est décrit en détails et les détails révèlent vraiment toute la cruauté des Cartels et de leurs méthodes dévastatrices. Les narcos sont ici décrits pour ce qu’ils sont à savoir des tueurs sans pitié. Don Winslow montre à quel point la nouvelle génération n’a plus du tout les mêmes codes de l’honneur qu’auparavant et que la pitié n’existe plus. Certains passages sont très difficiles à lire surtout qu’une fois de plus on sent que ce n’est pas de la fiction. On empile les morts sans respect pour l’humanité.

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Petit résumé de la situation

L’auteur a fait un travail de reconstitutions des faits vraiment incroyable. Avec l’ émergence des réseaux sociaux et des blogs, les témoignages sont beaucoup plus nombreux et relatent plus précisément les faits qu’auparavant.

Comme point noir, on ressent au milieu du livre un ralentissement qui peut paraître un peu longuet. On est pas loin des feux de l’amour avec Adán et sa maîtresse. Mais, heureusement, cela ne dure pas et on repasse très vite à de l’action et au cœur de l’histoire. 

Personnages

Au niveau des personnages, à part nos 2 compères qui restent les 2 personnages principaux, Don Winslow a, comme pour le premier tome, créé une galerie de personnages tout aussi réels les uns que les autres. Quelle précision dans les passages décrivant les parcours d’ Eddy le dingue, Chui, Paco, et tous ces civils impliqués malgré eux dans une guerre civile ! Je suis vraiment impressionné par ces parcours extraordinaires. Que ce soit dans la violence, le courage, la cruauté de leurs destins, on a là des parcours de vie tragiques et très émouvants. On suit l’évolution de ces personnages avec craintes, peurs, dégoûts, admirations,…

On sent d’ailleurs que Don Winslow a vraiment voulu rendre hommage à toutes ces victimes civiles. D’ailleurs les plus beaux moments de Cartel sont, pour moi, dans le chapitre ‘Journalistes’ page 337, avec des transitions merveilleusement amenées et des effets que j’ai trouvé magnifiques. Comment ne pas admirer ces journalistes dont le courage pousse au plus grand respect ? Et c’est d’ailleurs pour eux que ce livre est dédié. Des histoires émouvantes, tragiques qui mettent en valeur tout le courage de ces personnes restées sur place malgré l’écroulement de leur monde.

Conclusion 

Pour moi, Cartel de Don Winslow est un véritable chef d’oeuvre. Autant par son style d’écriture que par les détails et la puissance de son récit. C’est pour moi le plus bel hommage qu’il pouvait faire à toutes ces victimes de guerre.

Car oui, il s’agit bien d’une guerre. Une guerre aux enjeux financiers énormes et internationaux contrôlée par les puissants, que ce soit les gouvernements mexicains et américains, les cartels, les rois du pétroles et les institutions financières. Tout est finalement une question de gros sous.

Voici un passage de Pablo Mora (qui est pour moi le personnage le plus émouvant du livre), qui explique avec grandeur ce que je veux dire :

« Je parle pour ceux qui ont tenté de dire la vérité et qui ont tenté de raconter l’histoire[…]

Je parle pour eux, mais je m’adresse à vous : les riches, les puissants, les politiciens,[…] la DEA, aux banquiers, aux magnats du pétroles, aux capitalistes et aux barons de la drogues et je vous dit :

Vous êtes tous pareils.

Vous êtes tous le cartel.

Et vous êtes tous coupables.

[…]

Ce n’est pas une guerre contre la drogue.

C’est une guerre contre les pauvres.

Une guerre contre les pauvres et les faibles, contres les sans voix et les invisibles, que vous voudriez balayer de vos rues[…]

Félicitations.

Vous avez réussi.

Vous avez fait un grand nettoyage.

La limpieza.

Le pays peut enfin accueillir vos centre commerciaux et vos vos banlieues, en toute sécurité, les invisibles sont cachés et les sans voix sont muets, comme il se doit.

Je prononce ces dernières paroles et je vais me faire tuer pour cette raison.

Je vous demande juste de m’enterrer dans la fosa comùn, avec les sans visage et les anonymes, sans pierre tombale.

Je préfère être avec eux qu’avec vous.

Je suis sans voix désormais, invisible.

Je suis Pablo Mora. »

(page 679/680, Cartel, Don WINSLOW)


Et comme conclusion, pour ceux qui penserait que ce problème est résolu par les nouveaux politiciens en place et qu’un mur entre 2 frontières peut être efficace : 

« 2017 est donc désormais l’année la plus violente dans le pays depuis la création des statistiques il y a 20 ans. Une violence due avant tout aux cartels de la drogue. »

Source : http://www.rfi.fr/ameriques/20171223-mexique-annee-2017-bat-records-violence

Quelques liens cités dans le livre :

http://www.borderlandbeat.com/

https://elblogdelnarco.com/

 

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