Avis et analyse sur l’émission Faites Entrer l’Accusé

Contextualisation :

 

Il y a deux semaines j’ai planté mon ordi. Sans doute une des pires choses qu’il puisse arriver à un individu civilisé. Et comme la vie sans internet n’est que partiellement la vie, ma mère à eu la grâce de me prêter le sien pendant les réparations. Instinctivement, mu par un automatisme, je me connecte à You Tube avec et là je vois dans ses recommandations plein d’épisodes de Faites Entrer l’Accusé, elle est fan, ça faisait longtemps,  banco j’en lance un.

Et là le charme opère, ce programme culte des années 2000 mené de main de maître par le boss du game Christophe Hondelatte est passionnant. J’enchaîne les visionnages et je me rends compte qu’il y a beaucoup de choses à dire sur cette série donc je décide d’en faire une petite review pour vous Avigeekers (oui j’ai décidé de vous appeler comme ça, vous qui avez la curiosité, l’intelligence et la malice de consulter Avis Geek, parce que vous le valez bien). Je n’en ai pas vu l’intégralité j’avoue, tout de même 233 épisodes d’une durée variant entre une heure trente et plus de deux heures sur dix sept saisons à l’heure actuelle et je préfère me concentrer sur la « période Hondelatte  » qui comprend les dix premières saisons que je trouve la plus intéressante  (nous verrons pourquoi, j’y reviendrai  pour essayer d’en extraire une synthèse de ce qui en fait l’intérêt. Allez zou Avigeekers tous en rang on y va !!

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Quel bogoss

C’EST QUOI FAITES ENTRER L’ACCUSE ?

« Mais John Bog, c’est quoi Faites Entrer l’accusé, c’est qui ce Hondelatte, en quoi y a-t-il tant de choses à dire dessus ? » me demanderez-vous. Surtout les plus jeunes. Je reconnais bien là la pertinence des questions d’un Avigeeker, ça fait plaisir et je vais tâcher en préambule d’y répondre au mieux.

Faites Entré l’accusé, que nous appellerons ici FEA par commodité, est une série de films documentaires créée en 2000 sous le nom de « histoire de ». Pour prendre dès la saison 2 son intitulé définitif. Produite par 17 juin production, avec Christian Gerin à la production exécutive et Christophe Hondelatte à la présentation de 2000 à 2011 puis Frédérique Lantieri jusqu’à aujourd’hui l’émission prend la forme d’un magazine au format variant entre 70 et 110 minutes s’étalant sur 17 saisons à l’heure actuelle. Nous allons nous intéresser aux 10 premières, parce que Cristophe Hondelatte.

FEA relate à chaque épisode un fait divers ayant eu lieu en France après 1950 et ayant trouvé sa conclusion en Cours d’Assise, d’où le titre. La plupart du temps il s’agira de dérouler le fil des affaires criminelles plus ou moins sanglantes par le biais d’interviews des protagonistes de l’époque entrecoupées d’images d’archives. C’est une des forces du programme. Qu’il soit scénarisé tout en faisant intervenir les personnes ayant réellement eu part à l’histoire, contrairement à beaucoup de séries états-uniennes du même ordre avec des acteurs en carton. Là se succèdent face à Hondelatte policiers, magistrats, membres des familles de victimes, avocats et autres, tous apportant la singularité de leur point de vue sur les faits, ce qui est quand même mieux qu’une simple voix off qui les raconte de façon linéaire et sans suspens.

Certains intervenants sont récurrents, et mythiques, ceux qui connaissent auront compris que je vais parler de Dominique Rizet. Journaliste expert (autoproclamé ?) en criminologie, il donne la réplique à Hondelatte (qu’on va appeler Mr H maintenant, parce que c’est plus classe) pour exposer les parties techniques des enquêtes, j’adore, on dirait vraiment qu’il s’y connait, il joint le geste à la parole et il donne l’impression d’avoir tout vu et tout fait dans le domaine des sales histoires qui relèvent de la police criminel. Mais ce que j’aime le plus, c’est les petits regards connivents qu’ils se lancent avec Mr H. On sent une sorte de complicité entre hommes virils et sensibles à la foi chez ces deux là, presque de la tension érotique quand on les voit tous deux accoudés à leur décor de zinc de bar on les croirait amoureux.

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C’est beau les hommes, je sens d’ici l’after shave

Mr H

Mais avant de rentrer dans le détail parlons de celui qui donne une grande partie de sa classe à l’émission. Le patron, le taulier, le papa, dans le milieu on l’appelle Red l’incisif, rapport à sa chevelure feu de brousse et son visage anguleux , j’ai nommé Mr H. Mais qui est il vraiment ?

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Mr H A.K.A Red l’Incisif

Né le 17 décembre 1962 dans un pays fort et dur à la dent comme son jambon, à Bayonne dans les Pyrénées Atlantiques, lui même revêtira par la suite plusieurs propriétés de la fameuse charcuterie mais nous y reviendrons. Diplômé de linstitut d’études politiques de Bordeaux en 1984, il a une carrière journalistique pleine de coups de sang et de claquages de portes relatés ici.

Mr H est un sanguin qui ne s’en laisse pas conter, pourrait-on dire, si on voulait adopter un style journalistique fait d’expressions toutes faites. En fait ce type est intègre et il se moque du consensus. Souvent dit « grande gueule » pour avoir eu l’audace d’émettre des opinions certes tranchantes tel son arrête de nez mais néanmoins légitimes, il va où il veut et fait ce qu’il veut comme le montre ses nombreux départs volontaires de postes pourtant enviables.

Oui il va où il veut en témoigne également l’aspect multi-facette de sa carrière :

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Mr H sings the blues

Car Mr H est journaliste oui, grand reporter même, mais pour moi c’est avant tout un artiste. Il a la fibre, de l’inventivité et beaucoup d’autodérision, y a qu’à voir son hit Docteur House et son interprétation grimaçante du titre, on est au moins au 15ème degré là.

https://www.youtube.com/watch?v=Ij99cuXIGsQ

 

Il est aussi acteur puisqu’il interpréta un rôle en 2007 dans la série de France 2 «Collection Maupassant». Mais ne l’était-t-il pas déjà « acteur », dans FEA ? Et même sans doute auteur vu le parler teinté de vocabulaire « du milieu » et « du métier  » qu’il y emploi, on sent le rôle de composition écrit par et pour lui.

Donc comme promis je vais filer mon analogie charcutière, Mr H, un Jambon de Bayonne, un goût fort et revêche qui lorsqu’il se déploie en bouche laisse apparaître sa sensible douceur, sous vous applaudissements, c’est tout pour moi c’était John Bog pour Avis Geek.

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LA NOSTALGIE DES ÉPOQUES QUE L’ON A PAS CONNU

Mais nan j’déconne on va pas en rester là Avigeekers. Un autre point que je voudrais évoquer avec vous. Quand j’ai commencé à revoir les épisodes de FEA j’avais vraiment l’impression d’avoir à faire à un vieux programme. Comme si le truc existait depuis mon enfance presque, pourtant je suis pas tout jeune. En fait la raison de cela est simple: les images d’archives.

En effet la plupart des enquêtes de la période Mr H du show prennent place dans les années 80 ce qui a pour conséquence que nous ayons droit à l’image à un florilège de parkas fluos, de coupes mulets, de lunettes de vues à dimensions déraisonnables et de permanentes des plus saillantes. Je ne reviendrai pas ici sur la dégaine de Francis Heaulme qui n’a rien de drôle ni de saillante.

Non si je parle de ça, c’est pour en venir au fait que FEA porte un certain regard tout à fait intéressant sociologiquement sur les décennies passées et les changements de mentalité par rapport à nos jours. On perçoit en filigrane des aspects (pas forcément révolus) de la société française, tel que le poids de préjugés dans les campagnes, nous sont montrés aussi des milieux interlopes assez folkloriques, qui je pense n’ont plus cours aujourd’hui (voir notamment l’épisode de « la guerre des cliniques  » à Marseille) et on voit bien qu’avant les téléphones portables… ben c’était difficile d’appeler à l’aide quoi.

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« Il y avait une grosse ambiance au palais de justice à l’époque » Jo L’Enqueteur

TROP DE PRESSION

Je voudrais dire encore que ce qui fait de FEA un programme si prenant et addictif, c’est l’investissement personnel du spectateur. Et oui car en effet même si l’émission est scripter (et très bien d’ailleurs), il s’agit d’histoires vraies. Vraies et effrayantes, certaines même glaçantes. Pas donc ici de « suspension volontaire de l’incrédulité  » puisque ce qui nous est narré a bel et bien eu lieu et parfois pas très loin de chez vous, et bien tremblez braves gens.

Comment ne pas se sentir investi personnellement dans les pérégrinations des enquêteurs lancés sur les traces d’un Emile Louis ou d’un Guy Georges dont on nous à bien fait comprendre l’odiosité des actes. Comment à l’inverse ne pas se ronger les sangs pour le jeune Jacomet que l’on sait innocent et que tout accable qui passe des années en prison, et ne pas se réjouir aux larmes de son acquittement final qui a fait chaud à mon petit cœur tout mou.

Devant ce programme, pour peu qu’on s’y laisse happé, on est en apnée et on fait l’ascenseur émotionnel passant de la colère à l’indignation, du soulagement à la perplexité, tandis que nous prenons connaissance des rebondissements des affaires jusqu’au remontage de colback final.

VOYEURISME ?

On pourrait facilement, mais je vous le dis tout de suite on se tromperait, taxer Faites Entrer l’Accusé de voyeurisme. Pour moi il n’en est rien. Oui l’émission fait état de crimes sordides et remue ce que l’on pourrait appeler les tréfonds de l’âme humaine, mais tout cela de manière factuelle.

Ce que fait FEA, c’est détailler une enquête policière en prenant en compte ses « à cotés », mais sans jamais tomber dans le scabreux. La mise en scène est là pour donner un coté polar à la série et enduire d’un aspect fictionnel les faits réels pour les rendre supportables par le public et c’est très bien penser de procéder ainsi.

L’intérêt de FEA n’est pas de mater des trucs glauques mais bien de constater l’évolution des méthodes d’investigation, les progrès de la technique, les rouages du système judiciaire, tantôt les ratés et les faiblesses, tantôt les réussites et la détermination des magistrats et des services de Police. Je voudrais ici faire une petite aparté; c’est dans le traitement de l’aspect juridique des sujets abordés que le fait que FEA soit un programme français le limite, car en France les caméras sont interdites dans les salles d’audiences pendant le déroulement du procès. Ceci n’est pas le cas aux Etats-Unis, ce qui a ses avantages et ses inconvénients, mais qui a surtout permis l’existence de la fabuleuse série Making A Murderer, visible sur Netflix, qui mériterait bien une vaste review, bientôt bientôt Avisgeekers …

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CONCLUSION

Pour conclure, je vous dirais Avigeekers, vous qui êtes férus d’audiovisuel en tous genres, n’hésitez pas à découvrir ou vous replonger dans Faites Entrer l’Accusé. Les épisodes sont souvent longs c’est vrai, mais idéaux pour les justement longues elles-mêmes, soirées d’hiver ou si vous avez déjà rodé le truc pour s’endormir en mode sieste.

Pourquoi je n’ai parlé que de la période Hondelatte / Mr H / Red l’Incisif ? Et bien déjà tout simplement parce que Frédérique Lantieri n’aura jamais le charisme du boss du game, même si je comprends l’intention (louable) de remplacer sa singularité par les cheveux courts blancs de la remplaçante. Pour moi ça ne l’a pas fait mais aussi et surtout parce que et bien… toutes les grosses affaires criminelles Françaises depuis les année 50 ont déjà été traités par l’émission et, heureusement, il n’y en a pas toutes les semaines des Guy Georges, Emile Louis, ou Francis Heaulme. Après il y a eu de bons épisodes sur des cas « moins graves », mais j’avoue que je trouve que FEA a perdu son cachet aujourd’hui, et je le préfère avec sa patine des débuts, et ouiii, comme on dit « C’était mieux avant »…

Merci de votre attention c’était John Bog pour Avis Geek.

 

À propos de l'auteur

John Bog
John Bog
Passionné depuis toujours d'audiovisuel japonais, de mangas, de cinéma et d'univers fictifs en général.
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